L’Anthropocène se déploie dans ses différentes dimensions socio-écologiques, avec comme points saillants la grande accélération, le lien à la performance et à la guerre, et une certaine radicalité de l’optimisation qui se confronte à l’effondrement de la biodiversité. Les prédictions des scientifiques annonçaient un événement de basculement dans la première moitié du 21e siècle. Nous y sommes.
Acquis :
Le monde qui vient sera fluctuant, notamment sur le plan climatique : les nouvelles tempêtes, les méga-feux, les méga-inondations, les « flash droughts ». Une nouvelle représentation du monde, de la moyenne vers l’écart-type, qui nous pousse de l’« aller vers » au « vivre avec ». Pourquoi, en matière de performance, optimiser fragilise ? Que sont les effets rebond et la loi de Goodhart ?
Acquis :
Le lien aux ressources, via l’épuisement actuel des ressources minérales et biologiques, interroge notre lien au vivant. Le biomimétisme est une réponse partielle, quand il se limite à copier certaines performances fantasmées du vivant. Le premier principe du vivant à suivre pour guider notre relation aux ressources : la circularité. La bascule d’un monde d’extractions vers un monde d’interactions.
Acquis :
L’approche systémique est essentielle pour construire la robustesse : les interactions (dynamiques) avant les éléments (statiques). La symbiose est un bon exemple de système complexe. L’outil de modélisation informatique pourrait nous aider à prédire les trajectoires des systèmes complexes.
Acquis :
Dans le vivant, la coopération permet de répondre aux pénuries chroniques de ressources dans un monde instable. Circularité et coopération impliquent cependant des contre-performances locales pour la robustesse du groupe. C’est la sous-optimalité du vivant, qui se construit sur l’inefficacité, la lenteur, l’hétérogénéité, l’aléatoire, l’incohérence et l’inachèvement pour ajouter du jeu dans les rouages et être adaptable.
Acquis :
La robustesse du vivant construite contre la performance interroge le père de la théorie moderne de l’évolution, Darwin, et l’idée de la survie du plus adapté. La continuelle imperfection du vivant, le rôle essentiel des organes rudimentaires, la non-fiabilité des chemins évolutifs vers l’hyper-spécialisation ou encore l’absence d’objectif de l’évolution montrent au contraire que la sélection naturelle trie surtout les « médiocres » (au sens du juste milieu d’Aristote), c'est-à-dire les plus robustes, et non les plus adaptés.
Acquis :
Quelles sont les causes et les vertus du hasard ? La prévalence des comportements stochastiques en biologie est expliquée par des diminutions chroniques de disponibilité d’information. Le hasard explique alors de nombreux processus biologiques, de la division cellulaire à la détection des signaux.
Acquis de l’épisode :
Quelles sont les causes et les vertus de la redondance ? Les exemples de processus hautement redondants en biologie sont nombreux, et en contrepoint, les risques encourus par l’effondrement de la biodiversité, notamment les points de bascule, ne sont pas linéaires. L’équilibre dynamique entre redondance et aléatoire est un facteur d’adaptabilité. La redondance est aussi un facteur d’apprentissage.
Acquis :
Quelles sont les causes et les vertus du gaspillage dans le vivant ? Comment expliquer le bilan énergétique des plantes, et le faible rendement de la photosynthèse pour parer aux fluctuations (lumineuses notamment) ? En quoi la faible efficience énergétique de la chaîne alimentaire est compensée par les effets systémiques de la circularité ? En quoi les stocks masqués sont une stratégie pour créer les conditions de la pénurie, favorables à la coopération, en réduisant les risques ?
Acquis de l’épisode :
Quelles sont les causes et les vertus de l’hétérogénéité ? Le paradoxe du vivant est qu’il est très reproductible, bien qu’il se construise sur des structures très variables. L’équilibre dynamique entre variation temporelle et variation spatiale ajoute de la robustesse aux organismes. Plus généralement, les fluctuations internes sont les meilleurs boucliers contre les fluctuations externes.
Acquis :
Quelles sont les causes et les vertus des lenteurs et des délais ? La lenteur stimule l’hésitation qui permet la multi-compétence des cellules souches. L’hibernation ou les périodes de vie ralentie permettent de traverser les périodes de pénurie et de crises. En contrepoint, l’accélération crée différentes formes de burn-out. La lenteur sera une ressource à venir : au lieu de gagner du temps en consommant des ressources, on préservera les ressources en utilisant le temps.
Acquis :
Quelles sont les causes et les vertus des erreurs ? Quel est le rôle des erreurs dans la construction de l’immunité acquise, en lien également avec le hasard ? La notion d’erreur dans le monde social interroge la notion de vérité, qui se limite à ce qui est vécu, et n’est pas forcément ce qui est inexact. L’erreur peut être vue comme levier de créativité (jazz), de psychanalyse (l’inconscient) ou de transformation (le débat contradictoire).
Acquis :
Quelles sont les causes et les vertus des incohérences ? Il existe de nombreuses contradictions mécaniques chez les êtres vivants. Outre la biophysique, les réseaux du vivant sont remplis de boucles incohérentes qui ont le rôle d’amortisseur. Il s’agit de nouveau de robustesse interne pour parer aux fluctuations. Ces incohérences permettent aussi une forte adaptabilité pour répondre aux changements du milieu. C’est un appel, dans les organisations, à ne pas promouvoir l’injonction de consensus, mais plutôt à laisser la place au débat.
Acquis :
Quelles sont les causes et les vertus de l’inachèvement ? Rien n’est achevé en biologie, parce que tout se régénère tout le temps et parce que l’issue finale n’est jamais écrite. L’anti-fragilité du vivant montre d’ailleurs en quoi vivre, c’est résister aux contraintes, jusqu’à modifier la trajectoire initiale. Dans le monde social, les vertus de l’inachèvement font écho à la frustration qui est souvent une force de mobilisation (en éducation, par exemple).
Acquis :
La robustesse est une révolution avant tout culturelle. Cela passe par la sémantique, avec de nouvelles valeurs inspirées du vivant (circularité, coopération, adaptabilité) et la place donnée aux contre-performances pour construire la robustesse. Le premier pas robuste est de questionner les questions, notamment via la démarche artistique. D’autres méthodes, comme le co-développement, nourrissent ce questionnement pour identifier des questions pertinentes, avant de chercher des réponses. La sous-optimalité du vivant se décline aussi dans la communication et le langage, construit contre la performance pour assurer une forte robustesse.
Acquis :
La robustesse appelle un nouveau rapport au droit. La pandémie de Covid-19 a illustré les nombreuses fragilités d’une société de l’optimisation permanente. En retour, nous pouvons revisiter le contrat social et ses nombreuses incohérences internes au service de l’articulation entre bien-être individuel et bien-être du groupe. Dans l’Anthropocène, ce contrat s’étend aux écosystèmes, dans ce que Michel Serres appelle le contrat naturel. Du déjà-là robuste est donc présent, et certains textes, comme la charte de La Havane ou l’inclusion de Pachamama dans la Constitution équatorienne, pourraient être activés pour rendre ce droit de la robustesse opérant. Finalement, la question du droit pose aussi la question de la justice et de l’équité. Sur le plan opérationnel, la gouvernance des biens communs (cf. Elinor Ostrom) pose les fondations d’un nouveau rapport à la Terre avec des règles de robustesse construites contre la performance. Une méthode en découle : la santé commune.
Acquis :
La révolution de la robustesse interroge notre histoire économique. Un regard critique s’impose sur une trajectoire de progrès hyper-simplificatrice et violente (l’esclavage, la colonisation, l’effondrement du vivant, etc.) et en contrepoint, les fenêtres de robustesse ont d’autant plus de valeur (la sécurité sociale, les droits de l’Homme, le Rapport Meadows, etc.). Dans l’agriculture, la bascule vers l’agroécologie est un emblème de la révolution vers la robustesse. Le développement du tout-réparable, de l’économie de la fonctionnalité, l’habitat participatif sont autant d’exemples du monde économique qui bascule vers la robustesse. Pour embarquer dans cette voie de la robustesse, un audit interne de robustesse permet de construire sur les acquis : des contreperformances à valoriser pour rendre son organisation plus robuste.
Acquis de l’épisode :
La robustesse est un choix éminemment politique. L’incohérence est notamment un levier pour éviter la guerre civile, paradoxalement, en diffusant les conflits locaux (débat contradictoire) pour éviter des conflits globaux. L’hybridation entre représentation et approches participatives (les conventions citoyennes) alimente la robustesse démocratique, en se construisant sur des processus qui font la part belle à l’aléatoire, la lenteur, l’hétérogénéité. La théorie des couplages souples, mis en mouvement dans le management libéré, montre en quoi le jeu dans les rouages permet l’adaptabilité du collectif, si l’objectif de robustesse commune est partagé. Le décideur devient alors un facilitateur au service de la puissance (et non un meneur au service du pouvoir). La robustesse permet la projection sur le temps long, avec des méthodes associées, comme futur design.
Acquis :
Le récit des héros et des anti-héros pour aborder la robustesse construite contre la performance : Prométhée et notre lien à la terre et au feu, revisité sous l’angle du super-pouvoir de l’écriture et la projection dans le temps long. Les sportifs de compétition sont un bon exemple, victimes de la loi de Goodhart et le contre-modèle du jeu infini, où le nombre de joueurs et les règles changent pour jouer le plus longtemps possible. Enfin, les scientifiques, également victimes de la loi de Goodhart, pourraient trouver avec les sciences citoyennes de nouveaux leviers pour poser d’autres questions et alimenter la robustesse démocratique par le savoir partagé.
Acquis :
Il existe un chemin en 4 étapes pour transformer et basculer vers la robustesse : le récit pour embarquer, l’arrêt pour créer un espace de dissonance, le tri sur critère de robustesse, et la projection sur le temps long pour transmettre. La révolution de la robustesse est à la fois un principe pragmatique dans un monde toujours plus fluctuant, mais c’est aussi une méthode : il faut commencer par la robustesse pour identifier les bonnes questions, trier les solutions et construire la santé commune. Une pensée complexe, systémique, en action.
Acquis :
L’anthropocène s’est construit sur la performance, le contrôle, l’efficacité et l’efficience. Or, les multiples impacts sur notre milieu, ainsi que notre santé physique et mentale questionnent les valeurs de ce « progrès » et sa trajectoire. En étudiant les systèmes vivants, nous pourrions pourtant apprendre une autre façon d'habiter la Terre.
Les êtres vivants se construisent plutôt sur les vulnérabilités, les fluctuations, les incohérences… au service de la robustesse et de la
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